Et pour cause!
Moira fut prise soudain de nausées.Ah! Enfin! Nous y voilà!
Elle se précipita vers la salle de bains.Lucie fit un rapide calcul mental : trois jours après son arrivée, Jordan est pris de fièvre et lui fait l’amour sans faire exprès. Il faut encore, disons, une semaine à Moira pour faire son éclat à propos de sa valise, une journée pour que Jordan ne la récupère, une semaine avant qu’un second orage n’éclate (le premier ayant servi à couper le téléphone, le second à rendre sa fuite plus dramatique) et deux autres semaines pour en arriver à l’instant présent. Cela faisait bien plus d’un mois et il était tout à fait probable que Moira pût être victime de nausées. Peut-être est-ce un peu tôt mais qui s’en apercevra?
Avant de procéder à la suite, débarrassons-nous d’abord de la Rivale, qui a bien joué son rôle et dont nous n’avons plus besoin :
Annabella réintégra son cabriolet blanc immaculé aux sièges de cuir tanné et s’en fut, cheveux au vent, satisfaite d’avoir laissé derrière elle destruction et désespoir...Maintenant, faisons fuir Moira :
Moira sortit de la salle de bains, vacillante, très pâle...Mais comme ça lui allait bien!
Cette fois-ci, c’en était fini de son univers. Tout était bouleversé. Elle allait en finir une fois pour toutes. Non, elle ne mettrait pas fin à ses jours. C’était contre ses principes. Elle émit un petit soupir tremblant. Ainsi, elle n’avait été qu’un jouet entre les mains de Jordan, en attendant qu’il puisse retrouver celle qu’il aimait réellement, Annabella...La candeur de Moira est émouvante!
Malgré tout, Moira l’aimait encore.Et sa naïveté plus encore! (Maudit qu'elle est niaiseuse!)
Elle allait partir, oui, ne serait-ce que pour éviter de mettre Jordan dans la situation inconfortable de devoir la mettre à la porte lui-même. Elle l’aimait tellement! Elle n’allait pas lui imposer ça! Posément, en proie à une tranquillité d’esprit encore plus effrayante que le tumulte incohérent qui avait présidé à sa dernière fuite...À défaut d’une réelle majoration dans les sentiments, convainquons au moins la Lectrice que c’est plus intense que jamais...
... Moira fit ses valises. Elle n’avait pas l’intention de revenir. Où allait-elle aller, elle ne le savait pas encore. Elle trouverait bien. Très calme, elle jeta un dernier regard circulaire à l’intérieur de la maisonnette où elle avait vécu les moments les plus importants de sa vie. Puis elle sortit. Tout simplement.Comme la simplicité a bon goût! Lucie était épatée de la façon dont les choses s’étaient enchaînées d’elles-mêmes, bien qu’elle y soit un peu pour quelque chose... Le récit se trouvait maintenant à une plaque tournante. Que faire? Si Jordan retrouvait Moira trop vite, ça ne ferait pas très sérieux. Et la grossesse de Moira deviendrait superflue. Il faut tout de même que le foetus participe un peu aux derniers soubresauts et malentendus entre nos deux amoureux.
Hum... Même aux yeux de Lucie, le terme «amoureux» sonnait un peu faux. Sans doute était-il encore un peu tôt? Pourtant, le roman tirait à sa fin! Plus qu’un chapitre et elle aurait fait le tour des règles d’écritures des romans Colombine. Lucie décida que Jordan serait incapable de retrouver Moira avant quelques mois. Mais comment expliquer ce laps de temps incompréhensible pour un être aussi doué et perspicace, presque surnaturel, que Jordan? Plus facile à dire qu’à écrire, même si ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et que les mots pour le dire viennent aisément. Pour trouver l’inspiration qui faisait une fois de plus dangereusement défaut, Lucie entreprit d’aller s’éclaircir les idées à l’extérieur.
Elle devait d’abord se rendre présentable. Le pantalon de coton ouaté rouge qu’elle portait en ce moment et qui ballonnait à la taille et dont les bords trop courts laissaient voir les chaussettes bleu pâle et les pantoufles en Phentex barrées vertes et jaunes (auxquelles elle avait failli faire allusion dans un chapitre précédent) manquaient de décorum. Ce n’était pas très inspirant non plus. Suivant le principe de l’identification, elle troqua sa tenue contre un vêtement plus seyant : une robe d’été de toile de lin ornée de fleurs d’une couleur très pâle avec des bas de soie qui moulaient étroitement ses jambes fines et des escarpins qui était assortis aux...
Lucie se secoua avec irritation pour changer le cours de ses pensées. Son roman prenait vraiment beaucoup trop de place dans sa vie. Elle n’allait tout de même pas jouer à la narratrice de ses propres actions! Elle ferait mieux de garder de si belles descriptions pour son roman. Les tester sur elle-même semblait en émousser l’originalité. D’autant plus que ses mollets étaient un peu gras.
Tout cela ne résolvait pas son problème : Qu’attendait Jordan pour se mettre à la recherche de Moira? Qu’elle accouche? C’était une solution, mais le délai était trop long. Et ce n’était certes pas dans sa chambre que Lucie allait trouver mieux, ni en buvant une autre tasse de café. Il lui fallait explorer son environnement physique et surtout, penser à autre chose. L’inspiration vient souvent au moment où l’on s’y attend le moins. Lucie sortit donc. Tout simplement. Comme Moira.
Ne manquez pas le chapitre suivant : chapitre 17 : À la recherche de l'Inspiration fugitive!
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